Burkina Faso : Le Président Roch Kaboré « effectivement aux mains des soldats »

« Le président Kaboré, le chef du Parlement (Alassane Bala Sakandé) et des ministres sont effectivement aux mains des soldats » d’après l’AFP

Ils seraient détenus à la caserne Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, selon une source sécuritaire citée par l’agence France Presse dans une dépêche publiée ce lundi 24 janvier 2022 au matin et reprise par plusieurs médias. Une information confirmée d’après la même agence par une autre source des services de sécurité.

L’arrestation du Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré intervient au lendemain de mutineries dans plusieurs camps militaires du pays.

La colère dans les rues

Depuis plusieurs mois déjà, le pouvoir burkinabé fait face à plusieurs manifestations d’humeurs dans différentes villes du pays dénonçant « une incapacité du pouvoir public à faire face aux attaques djihadistes.

Ce samedi 22 janvier 2022, le pays a encore connu une de ces manifestations, et comme d’habitudes, elles ont été sévèrement réprimées. De nombreux manifestants ont été arrêtés. Et pour cause, ces manifestations étaient interdites par le pouvoir en place.

Des échauffourées ont opposé à Ouagadougou et dans plusieurs villes du pays, toute la journée de samedi, des jeunes (qui jeté des pierres et dressé des barricades sur les voix), aux policiers anti-émeutes qui ont usé de gaz lacrymogènes pour les disperser.

Par exemple à Kaya, chef-lieu de la région du Centre nord,  la ville qui accueille le plus grand nombre de déplacés internes fuyant les violences jihadistes d’après la carte des déplacés internes établie par Nutrition Cluster, une ONG humanitaire intervenant au Burkina Faso (dernière mise à jour au 31 janvier 2021 ), les manifestants ont saccagé le siège du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), selon des habitants interrogés par l’AFP.

 

                                                 Carte des Déplacés Internes au Burkina Faso du fait du Djihadisme (c) Nutrition Cluster – BF

 

Plus de 2.000 personnes sont mortes et 1,5 million de personnes ont dû fuir leurs foyers ces sept dernières années au Burkina Faso à cause des violences djihadistes.

 

 Situation sous contrôle ?

Cette manifestation de samedi qui a de nouveau dégénéré a laissé palce aux mutineries dans les camps du pays. Des informations ont très vites circulé sur les réseaux sociaux, faisant état de l’arrestation du président Kaboré par des militaires. Des informations contestées par la hiérarchie militaire sans toutefois nier des tirs qui ont été entendus.

La situation est sous contrôle » a indiqué le général Barthélémy Simporé, ministre des Armées et des Anciens Combattants qui est apparue à la Radiodiffusion télévision du Burkina (Rtb) dimanche à la mi-journée. Il a expliqué que les coups de tirs entendus ce jour à Ouagadougou « relève d’un mécontentement des soldats ».

« La hiérarchie militaire est à pied d’œuvre pour ramener le calme et la sérénité dans les casernes. Contrairement à certaines informations, aucune institution de la république n’a été ciblée », a rassuré le général Barthélémy Simporé, ministre des Armées et des Anciens Combattants.

Il a été suivi par le porte-parole du gouvernement Alkassoum Maïga. Sur des médias locaux, ce dernier a confirmé les tirs, mais a démenti le coup d’État.

Mais dans la soirée, alors que le calme était revenu à Ouagadougou, un couvre-feu a été décrété de 20H00 GMT à 5h 30 à compter de dimanche 23 janvier 2022 « jusqu’à nouvel ordre », selon un décret présidentiel  présenté à la RTB. De même, les écoles ont été annoncées fermées pour les journées de lundi et mardi suivantes.

Pour rappel, le 8 janvier dernier, une dizaine de militaires et des civils avaient été arrêtés pour des suspicions de coup d’Etat au Burkina Faso.

 

Posture Républicaine

Dans un court communiqué publié Dimanche soir, le Président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Brou, a invité, les militaires burkinabés à «demeurer dans une posture républicaine » et à «privilégier le dialogue avec les autorités ».

« La CEDEAO appelle au calme et marque sa solidarité avec le Président Roch Marc Christian Kaboré, le gouvernement et le peuple du Burkina Faso», a écrit dans ce communiqué, Jean-Claude Brou préoccupé par la situation dans le pays.

Le président Kaboré, est arrivé au pouvoir depuis 2015 à la suite d’une élection présidentielle organisée après la chute de Blaise Compaoré (27 ans de pouvoir sans partage). Il a été réélu cinq an plus tard sur la promesse de lutter contre la menace terroriste qui pèse sur le pays.

Comme le Mali et le Niger, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique. Les attaques, qui visent civils et militaires, sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

Les violences des groupes jihadistes ont fait en près de sept ans plus de 2.000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.

 

Alphonse LOGO

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