​Un rapport met en lumière comment les normes de genre mettent en péril la sécurité et la liberté des jeunes filles dans le monde

Plan International a publié ce lundi 21 juillet 2025, un rapport-résultat intitulé Real Choices, Real Lives: « We Souldn’t have to Walk with Fear » « Nous ne devrions pas marcher dans la peur », qui dévoile les croyances et les attitudes de 142 adolescentes à l’égard de la violence et de la protection, tout en explorant les implications des normes sociales qu’elles ont intériorisées au cours de leur vie.

Pour cette étude, les 142 filles ont été identifiées et suivies dans neuf pays dont le Togo (Bénin, Brésil, Cambodge, République dominicaine, Salvador, Philippines, Togo, Ouganda et Vietnam), par Plan International, de leur naissance en 2006 jusqu’à leurs 18 ans (2024). Elles et leurs familles ont été interrogées chaque année sur leurs perceptions de la violence et des rôles de genre.

Ce rapport est parvenu à une conclusion inédite :

« Plus de la moitié des adolescentes estiment que la violence masculine est naturelle et qu’il leur revient de se protéger, révèle une nouvelle étude de l’organisation de défense des droits des filles, Plan International », lit-on dans un communiqué qui accompagne le rapport parvenu à Ton Afrique

Il met en lumière l’ancrage profond des normes de genre dans la perception qu’ont les filles de la violence, ce qui augmente leur exposition aux abus et limite leur liberté.

Les filles, responsables des agressions qu’elles subissent ?

Le rapport intitulé « Nous ne devrions pas marcher dans la peur » soutient que les « filles grandissent dans un monde qui les rend responsables des agressions qu’elles subissent, restreint leur liberté et leur fait porter un poids qui devrait être celui de la société. »

À l’adolescence, beaucoup de filles considèrent d’après ce rapport, la violence masculine comme « normale » ou comme « faisant simplement partie de la vie ».

68 % de l’échantillonnage âgées de 14 et 15 ans, estiment que l’agressivité masculine était inévitable. Pire encore, cette croyance selon laquelle il leur appartient de se protéger s’accentue avec l’âge. Par exemple, alors que 57 % des filles de 14 à 15 ans pensaient que leur sécurité dépendait d’elles seules, ce taux grimpe à 67 % entre 17 et 18 ans.

La violence envers les filles est omniprésente, rappelle le communiqué de Plan International, avant plus d’un milliard de filles et de femmes ayant subi des violences physiques, sexuelles ou psychologiques dans le monde, selon les statistiques des Nations Unies. « Real choice, real lives » vient confirmer cette tendance. Dans l’échantillon étudié, 91 % des filles ont déclaré avoir subi des violences, parfois dès l’âge de 11 ans.

« Si elle ne se protège pas, personne d’autre ne le fera »

Plusieurs filles interrogées pensent malheureusement qu’elles doivent être elles même se protéger, parce que, si elles ne le font pas, personne d’autre ne le fera à leur place.

« Des recherches ont démontré que les filles et femmes qui adhèrent à des croyances renforçant la domination masculine telles que ‘’ l’homme doit être le chef de famille’’, ou ‘’un homme a le droit de battre sa femme’’, sont plus susceptibles d’être victimes de violences conjugales à l’âge adulte » soutient le communiqué de Plan.

L’étude menée dans les 9 pays (Bénin, Brésil, Cambodge, République dominicaine, El Salvador, Philippines, Togo, Ouganda et Vietnam) révèle aussi que les filles et leurs familles ont souvent tendance à blâmer les survivantes d’abus, en particulier lorsqu’elles dérogent aux attentes traditionnelles en matière d’apparence ou de comportement. Cette stigmatisation réduit les signalements et laisse la violence se poursuivre en toute impunité.

Un lourd quotidien

Ce quotidien lourd de sens pour trop de filles dans le monde, est dénoncée par Reena Ghelani, directrice générale de Plan International.

« L’adolescence devrait être une période où les filles pensent à leurs amis, à l’école, à leur avenir — pas à comment marcher dans la rue pour éviter les agressions» a-t-elle affirmé.

Pour elles, ces filles font plus attention à contrôler leur manière de marcher, de parler ou de s’habiller avec la pression que si elles sont harcelées ou agressées, on risque de leur reprocher d’avoir “provoqué” l’agression.

« Cette violence n’est ni inévitable, ni acceptable. Cette recherche prouve que l’adolescence est un moment clé pour agir. » soutient Reena Ghelani.

Déconstruire les idées

La bonne note c’est que, le rapport de plan international démontre que l’adolescence est un moment crucial pour déconstruire ces idées et briser le cycle de la violence. Puisque 89 % des jeunes femmes croient que les comportements peuvent être influencés et appris et que les parents peuvent enseigner aux garçons à ne pas être violents ou agressifs.

Reena Ghelani croit pour sa part que « pour bâtir un monde où les filles peuvent vivre sans peur, il faut commencer tôt », en travaillant notamment avec les familles, les écoles et les communautés pour changer les idées qui justifient la violence et limitent la liberté des filles.

« Nous devons éduquer les garçons et les hommes à respecter les filles et à construire des relations saines et égalitaires. Nous devons investir dans des services de soutien et de protection des filles et des survivantes, qui soient sûrs, accessibles et adaptés à leurs besoins. En agissant sur les normes de genre à cette période charnière, nous pouvons briser ces cycles destructeurs » enseigne la directrice générale de Plan International.

L’organisation appelle de ce fait, les responsables politiques, les bailleurs et la société civile à investir d’urgence dans des programmes qui remettent en cause les normes de genre néfastes, préviennent les violences basées sur le genre et placent l’émancipation des adolescentes au cœur des priorités.

Ken LOGO

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